293 - Mars 2010

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Conversion
Un Cœur nouveau – un Esprit nouveau – une Mission nouvelle


Réflexion sur la “Conversion”
En préparation au Chapitre général de 2010

Frère Jens Watteroth, scolastique OMI

Une histoire personnelle de Conversion

Frère Devin Watkins, scolastique OMI

Conversion
Le post-noviciat de la maison « Bienheureux Joseph Gérard »
Asunción – Paraguay


Conversion: être un serviteur fidèle et humain
Frère scolastique Ronald Abad, OMI

Un appel à la Conversion comme pour Philémon
Frère Thabang Nkadimeng, scolastique OMI

Conversion
Un Cœur nouveau – un Esprit nouveau – une Mission nouvelle


La Commission pré-capitulaire a demandé à un certain nombre d’Oblats d’écrire une réflexion sur quelques aspects du thème choisi pour le 35e Chapitre général. Dans les prochains mois, OMI Documentation publiera ces réflexions. On peut aussi les trouver sous le lien Chapitre général de www.omiworld.org ainsi que sous le lien Documentation, sur la même page.

Ces textes se veulent utiles à la réflexion personnelle et commune des Oblats et de leurs Associés laïcs. Un Chapitre général n’est pas un événement qui n’engage que les capitulants élus et « ex officio ». Il engage tous ceux qui partagent le charisme de Saint Eugène de Mazenod.

Centrés sur la personne de Jésus-Christ, la source de notre mission, nous nous engageons à une conversion profonde et communautaire.


Réflexion sur la “Conversion”
En préparation au Chapitre général de 2010

Frère Jens Watteroth, scolastique OMI

Frère Jens Watteroth, OMI, est un étudiant en théologie de 29 ans, au scolasticat oblat de Lahnstein, en Allemagne. Il appartient à la Province de l’Europe Centrale.

Conversion personnelle

Quand je pense à la conversion dans ma vie personnelle, une image me revient sans cesse à l’esprit : me tourner vers Dieu, vers Jésus-Christ Comme Oblat, je veux suivre Jésus dans ma vie, c’est à dire, je veux mieux le connaître et le considérer comme modèle pour toute ma vie. Ce n’est pas quelque chose qui est déjà fini, comme si je pouvais le faire en une fois et qu’ensuite je serais un parfait Oblat, un parfait chrétien. De fait, je dois me demander et me redemander sans cesse si la direction dans laquelle je marche conduit encore au Seigneur et sinon, il faut la corriger et donc me convertir et changer de chemin. Quelques aspects me viennent à l’esprit.

Tout d’abord, la conversion personnelle me concerne, concerne ma personne et celui que je suis actuellement. Cela semble évident, mais il est bon de le mentionner quand-même. La conversion ne peut avoir lieu que lorsque je commence à ouvrir les yeux sur moi-même, à regarder ma vie juste comme elle est, et quand je suis capable de regarder ma vie avec ses bons et ses mauvais côtés. Pour pouvoir me convertir, me tourner vers Dieu, je dois tout d’abord admettre que je me suis détourné de lui, loin du chemin qu’il veut faire avec moi. St Eugène a dit que nous devons tendre à la sainteté dans notre vie, cela ne signifie rien de spécial, cela ne signifie pas que nous devons paraître saints, mais que nous essayions maintenant d’être saints.

Bien qu’il s’agisse de moi, je n’ai pas à faire tout moi-même. La conversion ne peut être mon œuvre. C’est vrai que je peux et que je dois me tourner vers Dieu, me convertir à Dieu, mais c’est encore Lui qui fait que cette conversion soit fructueuse. Nous parlons d’ « un cœur nouveau », mais ce cœur nouveau, je ne puis pas me le donner à moi-même. C’est le cœur que j’ai déjà que je puis offrir à Dieu, et duquel Il peut faire un cœur nouveau, si telle est sa volonté. Chaque effort, tout ce que je fais, je dois le mettre devant Dieu, dans la prière et compter sur son travail de renouveau et de sainteté.

La conversion n’est pas réservée aux occasions spéciales, aux grands changements de la vie, ou aux périodes spéciales de l’année, comme le mercredi des cendres ou le temps du Carême. La conversion c’est pour l’ordinaire, pour tous les jours. La question à me poser chaque jour et en toutes circonstances est : ‘est-ce qu’actuellement je marche à la suite de Jésus, en ce que je fais, ou me suis-je détourné de Lui ?’ La conversion ne concerne pas seulement la vie de prière et les vœux, mais aussi les choses normales et ordinaires de la vie quotidienne. Comment est-ce que je me conduis vis-à-vis des autres ? vis-à-vis de mes frères oblats ? Comment fais-je le service à la cuisine, en préparant le petit déjeuner ? Comment est-ce que j’étudie ? Que fais-je dans mes loisirs ? En tout temps, je peux me poser la question suivante : est-ce que j’agis de façon à rencontrer Dieu en ce que je fais, ou dois-je me convertir ? La sainteté ne réside pas dans les grandes choses, mais dans une façon de vivre la vie de tous les jours. Un Oblat est un homme qui s’offre lui-même à Dieu, avec tout ce qu’il est et tout ce qu’il fait, et spécialement avec les choses normales de la vie de tous les jours.

Pour vivre la conversion, c’est important d’ouvrir les yeux sur ma vie, avec toutes ses fautes et toutes les bonnes choses. C’est pourquoi, je dois regarder ma vie dans la prière, écouter ce que Dieu me dit, parler au directeur spirituel et l’écouter, ainsi que les gens qui me disent ce que j’ai fait juste ou faux.
La vie de communauté peut être une grande aide en tout ceci, et nous devrions trouver une bonne manière de nous aider les uns les autres, à voir plus clair dans notre vie, à voir plus clairement quelles étapes peuvent nous conduire vers le Seigneur et quels pas nous conduisent dans la fausse direction. La conversion n’indique pas toujours que ce que j’ai fait, ou la manière dont je l’ai fait étaient faux, mais simplement que telle ou telle chose n’est plus utile, et que je dois donc en changer. En tout cela nous ne devons pas oublier Dieu et son rôle ; ce doit être une démarche spirituelle tout le temps.

Conversion Communautaire

La conversion en communauté peut aussi signifier conversion à la communauté. Le Fondateur dit que nous devons être « un cœur et une âme ». La vie en communauté est fondée sur la conversion personnelle de chacun à Jésus-Christ, parce qu’Il est le centre, autour duquel la communauté est rassemblée. C’est Lui qui nous appelle en communauté. S’Il est le centre et que tout le monde se convertit à Lui, va au-devant de Lui, par le fait même, chacun se rapproche des autres membres de la communauté. La conversion au Christ, en ce sens, porte à me tourner vers ceux qui m’entourent, vers les gens qui vivent en communauté avec moi, parce qu’en eux, je peux rencontrer Jésus-Christ.

Habituellement, la communauté dans laquelle je vis, je ne l’ai pas choisie. Il y a des gens qui vivent en communauté avec moi, qui ne sont pas automatiquement mes amis, ce ne sont pas ceux avec lesquels je sympathise, il y a aussi des gens avec lesquels ce n’est pas facile de vivre. En ce cas, la conversion signifie aller vers eux, ne pas juger l’autre selon ce qu’il semble être, son paraître ou ce qu’il a dit et fait dans le passé. Il faut garder à l’esprit qu’il a été appelé à cette communauté par Jésus-Christ comme moi, qu’il est aussi en chemin pour suivre Jésus, qu’il doit aussi se tourner vers moi, exactement comme moi je dois me tourner vers lui. Mais surtout il faut que je sois prêt à donner quelque chose de moi. La vie en communauté, être « un cœur et une âme » signifie plus que simplement vivre sous le même toit et manger à la même table, il s’agit d’être une communauté de vie, partager la vie les uns des autres.

Partager la vie signifie donner quelque chose de ma propre vie, les joies mais aussi les mauvais moments, ce qui m’émeut et ce sur quoi je réfléchis, ma vie spirituelle, mais aussi ma vie quotidienne et ordinaire. Cela signifie aussi recevoir quelque chose de la vie des frères, être intéressé à la manière dont le frère agit, être intéressé à ce qu’il fait, ce qu’il aime ou n’aime pas, en quoi il vit et pourquoi il vit. Ce ne sera pas facile avec tout le monde, ni même avec la moitié… c’est pourquoi, cette étape est aussi une conversion qu’il faut reprendre toujours et toujours, une conversion vers une vie avec le Christ.

St Eugène dit que pour être de vrais Oblats, il nous faut vivre selon nos Constitutions et Règles. Se convertir à une vie à la suite de Jésus, comme Oblat, ne peut se vivre qu’en communauté, une communauté de vie, spécialement, avec mes frères Oblats ; c’est là que je puis découvrir comment j’ai quitté le chemin et me suis éloigné de Jésus. Quelqu’un peut me dire, de façon fraternelle, ce que j’ai mal fait ou ce que j’aurais pu mieux faire. C’est aussi dans les conflits qui arrivent de temps en temps, que je puis apprendre par moi-même, ce que je dois changer dans ma vie, et où j’ai besoin de conversion.

Il y a donc une conversion en communauté. Si nous sommes de vrais Oblats, et que nous nous demandons si nous vivons selon nos Constitutions et Règles, la réponse est que nous le faisons seulement si nous vivons en communauté. Il faut donc nous questionner ensemble comment nous pouvons vivre ces Constitutions et Règles dans notre vie concrète, dans notre vie quotidienne et dans notre vie de communauté. Parler de la qualité de notre style de vie, revient à se demander s’il est selon les Constitutions et Règles. Demandons-nous alors si nous voulons corriger notre style de vie ou si nous insistons sur ce que nous avons toujours fait ou sur ce qui est plus facile à faire. La question revient donc à se demander s’il est possible d’avoir un échange sur ces questions dans nos communautés, non seulement dans nos maisons de formations, mais aussi dans les autres communautés et si cette façon de nous questionner est pour nous une démarche spirituelle.

Conversion de la Mission

Comme Missionnaires Oblats, nous avons conscience que l’on peut dire de nous ce que l’on peut dire de toute l’Église: nous avons une mission en ce monde. La conversion et la mission vont de pair, parce que la conversion personnelle et communautaire affecte la mission. Nous essaierons d’être saints, non pas pour nous-mêmes, mais pour rendre notre mission fructueuse. Ce n’est que grâce à la conversion personnelle et communautaire permanente que nous pouvons être signes de ce que nous annonçons. Vrais chrétiens et vrais Oblats, nous pouvons le devenir si nous essayons d’être saints.

Se convertir à Dieu signifie aussi se convertir à une nouvelle mission. En Allemagne et en Europe, surtout, la situation est totalement nouvelle, tellement que nous nous demandons si nous sommes encore fidèles à notre mission. Dans la Préface du Fondateur, nous avons une bonne deion du monde autour de lui, et de la façon dont les gens vivent. Nous aussi, nous devrions commencer par là : regarder la société, voir comment les gens vivent et pourquoi ils vivent – surtout dans un temps de changement de société. Voyant ce que nous voyons, nous comprenons mieux à quoi Dieu nous appelle, en ce temps particulier où nous vivons, où il nous envoie- ou plutôt est-il mieux de dire : à qui Il nous envoie. Ces deux choses vont ensemble : regarder la situation et écouter Dieu. Nous ne devons jamais oublier que c’est Dieu qui nous envoie. Ecouter sa Parole et voir les signes des temps, cela nous permet de comprendre quelle est notre mission en ce temps.

Se convertir à une nouvelle mission n’est jamais facile. Il s’agit de laisser aller ce qui appartient à la « vieille » mission. Ce que nous faisions c’était bien, mais maintenant il faut faire autre chose ; voir que ce nous faisons n’est pas mal, mais notre mission est autre. Pour être capables de faire cela, il nous faut du courage, parce que nous devons laisser derrière nous des choses selon lesquelles nous avons vécu et travaillé et dans lesquelles nous nous sentions à l’aise. Pour être capables de faire cela nous devons compter profondément sur Dieu, parce que nous ne savons jamais où Il veut nous guider et où nous finirons. Et nous avons besoin de courage, parce qu’être envoyés signifie qu’il nous faut partir maintenant. La Mission – et c’est essentiel à mon point de vue – présuppose qu’il y a un « vers ». Être envoyé, n’a pas de sens s’il n’y a pas quelqu’un auquel nous sommes envoyés. Et cela signifie que nous devons aller, que nous devons franchir les frontières de notre communauté, les frontières de l’Église et aller vers ceux auxquels nous sommes envoyés. La mission ne signifie pas rester en place et attendre que les gens viennent ; il n’est pas question d’offrir quelque chose pour nous attirer les gens, mais : sommes-nous actuellement entrain d’aller vers les gens, ces gens qui ne connaissent pas le Christ ? Voilà ce dont il est question.

Se convertir à une nouvelle mission signifie aussi revoir notre manière d’aller vers les gens, auxquels nous sommes envoyés. En suivant notre Fondateur, la mission des Oblats est de dire aux gens qui ils sont : des enfants aimés de Dieu. Nous n’avons rien à leur apporter ou à faire pour que les gens viennent à nous, mais avec les gens, nous devons trouver où et comment Dieu est déjà présent dans nos vies. Que les gens apprennent comment cela affecte leurs vies et ce qu’ils ont à faire de leur vie. Pour cette étape, il nous faut aussi nous rappeler que Dieu travaille et que ce n’est pas à nous seuls, de tout réaliser; Dieu doit faire sa part et Il la fait. Et nous devons nous souvenir que Dieu, l’Esprit Saint, travaillent actuellement de façon « nouvelle », qu’Il crée quelque chose de « nouveau », que nous ne pouvions même pas imaginer. La conversion à une nouvelle mission ne signifie pas apporter de « vieilles » choses aux gens, mais de trouver « de nouvelles » façons de vivre la foi, en trouvant de nouvelles manières de vivre avec et pour Dieu. Quand nous arriverons vraiment à vivre cela, des conséquences apparaîtront qui influeront notre propre compréhension de l’Évangile et nous ouvriront aussi de nouvelles façons de nous convertir personnellement.

Se convertir à une nouvelle mission n’est possible que si nous nous demandons en quoi consiste notre mission particulière - personnelle et communautaire - et que nous pouvons en parler dans nos communautés et dans nos Provinces ; nous verrons alors si nous sommes ouverts à la recherche de nouvelles manières d’aller aux gens. Cette démarche ne serait pas complète sans la prière, pour accepter de ne pas faire simplement les choses que j’aime faire, et pour prendre le risque d’en essayer de nouvelles. Le point le plus difficile peut-être, sera de franchir les frontières, de laisser derrière soi les sécurités de la communauté et de l’Église pour aller au peuple. Il s’agit d’être ouvert à la pensée que ma manière de vivre ma foi, que ma façon de vivre avec et dans l’Église n’est pas la façon de toute le monde, et ne le sera peut-être plus pour moi à l’avenir.

Aspects généraux

Toute espèce de conversion n’est possible que si nous ouvrons nos yeux et notre cœur en particulier, pour regarder, à la lumière de l’Évangile ce qui s’est fait dans le passé et pour faire le point sur ce qui se vit aujourd’hui. Cela n’est possible que si nous cherchons dans la prière, personnelle mais aussi en communauté, dans quelle direction Dieu veut aller avec nous. Cela n’est possible que si nous parlons entre nous de ces questions, dans un vrai échange, et que si l’échange est compris comme une démarche spirituelle. Nous avons le grand avantage de vivre ensemble avec des personnes qui suivent une vocation proche de la nôtre. Cela devrait ouvrir le chemin à des échanges spirituels divers, non seulement dans nos maisons de formation, mais dans toutes nos communautés, dans nos provinces et partout où les Oblats vivent et travaillent ensemble.

Se convertir suppose de ne pas se bloquer sur ce qui est, et d’être capable de le dépasser. Comme Missionnaires, nous devrions vivre de façon spéciale le fait d’être encore en chemin. Cela veut dire regarder au-delà de nous-mêmes, au-delà de ce que nous aimons le plus, au-delà de ce qui est le plus confortable pour moi, en étant ouvert à ce que Dieu veut que je fasse en ce moment précis, et à la manière comment je le fais. Il faut se rappeler que je ne suis pas la norme, mais que Dieu a son mot à dire, Il a Sa Parole à dire, qui est déjà présente en ce monde et en notre vie. L’autre aspect de cette démarche nous dit que nous pouvons compter sur Lui, que nous savons que ce n’est pas nous qui devons faire des miracles, mais que c’est Dieu qui fait sa part et qui peut rendre notre travail fructueux, même quand, à nos yeux c’est un parfait échec.


Une histoire personnelle de Conversion

Frère Devin Watkins, scolastique OMI

Frère Devin Watkins, OMI, de la Province des Etats Unis, a 25 ans et il étudie, en première année de théologie, à Oblate School of Theology à San Antonio, Texas.

Qui raconte une histoire a quelque chose derrière la tête, et je serais très négligent si je vous racontais mon histoire, sans vous dire au moins sur quoi je veux concentrer mon attention. Comme nous le savons tous, dans la conversion, ce qui compte vraiment, c’est d’accepter l’amour et la miséricorde inconditionnelle de Dieu ; l’expérience du Vendredi Saint de St Eugène en témoigne. Je commence donc maintenant à vous raconter comment Dieu, dans son don radical de guérison, m’a donné un ‘cœur nouveau, un esprit nouveau, une nouvelle mission’.

Mon histoire de conversion dépend pour beaucoup d’un événement qui s’est passé quand j’avais 14 ans. Le 5 février 1999, ma maman (SueAnn), ses parents et deux de mes petites sœurs (Julie et Kristin) sont morts tragiquement dans l’accident du petit avion dans lequel ils avaient pris place. Nous restions mon père (Richard), ma sœur (Allison) et moi pour porter notre chagrin et notre perte. Avant cet événement, nous étions une famille catholique heureuse, vivant sur une ferme qui cultivait le coton, à l’Ouest du Texas. Des jours normaux, bien occupés, empreints de beaucoup de marques d’amour, voilà ce qui caractérisait notre vie ensemble. Mais, après ce jour, il sembla que tout ce qui pouvait ressembler à une vie normale s’était évanoui à jamais. Les jours suivants, nous sommes restés sous le choc, et comme nous étions agenouillés, priant le chapelet avec la communauté, durant la veillée de prières, je fixais les cinq cercueils devant moi et j’aurais presque voulu être dans l’un d’eux. Soudain, à travers les ténèbres et la peine qui enveloppaient mon esprit, j’ai senti un rayon de la paix de Dieu percer le brouillard. J’ai vaguement perçu que Jésus m’avait donné sa propre Mère Marie, pour être avec moi, comme ma nouvelle Maman, et j’ai su, qu’un jour ce trou béant dans mon cœur serait comblé. Ce fut mon premier vrai contact avec Marie.

Les événements de cette semaine passèrent et la vie commença à reprendre son rythme normal, j’ai oublié la sensation de paix et d’espérance. Au collège, j’ai progressivement commencé à remplir le vide de mon cœur par des soirées, la boisson, les rendez-vous. La vie à l’université ressemblait beaucoup à cela mais en pire ; je n’avais rien et personne pour limiter mes excès et je passais d’une nuit brumeuse à l’autre. Les dimanches c’était pire encore. J’allais à la messe la plupart du temps, mais ensuite je sentais la dépression, la solitude et le vide qui inévitablement me reprenaient, quand il n’y avait personne autour de moi pour me distraire de celui que j’étais entrain de devenir. Occasionnellement, quand je me sentais très mal, j’attrapais le chapelet qui pendait, presque inutilisé à la poignée de ma porte et disais quelques dizaines. Je ressentais confort et consolation pour un moment, puis j’allais mon chemin comme un homme qui se regarde dans le miroir et oublie rapidement à quoi il ressemble. Mes trois premières années à l’Université A&M du Texas ont été ainsi, mais Dieu commençait un processus qui allait ouvrir mes yeux à sa miséricorde, qui attendait pour remplir ma vie.

Au printemps de ma troisième année, j’ai participé à une retraite, dans le style des Cursillos de Cristiandad, appelée « Aggie Awakening » (« Aggie, réveille-toi » ; les étudiants de mon université sont appelés « Aggies » parce que beaucoup étudient l’agriculture.) Un mois plus tard j’étais invité à une conférence donnée par un prédicateur catholique de renom. Ensuite, en été, j’étais à la maison, ma sœur Allison m’a donné un livre, intitulé La vraie dévotion à Marie, par St Louis de Montfort. A mesure que je lisais, je me sentais appelé à faire toute la démarche de consécration à Jésus par Marie, en renouvelant mes promesses baptismales et en consacrant toute ma vie à Dieu. Cependant, j’ai fait une erreur de jugement, pensant que j’étais indigne et que je devrais travailler à être une meilleure personne, avant d’essayer un parcours aussi élevé. Ce manque d’acceptation de ma finitude, m’a conduit à des extrémités pires encore, et j’ai glissé toujours plus profondément dans l’obscurité. Après avoir lu le livre, la première fois, je me suis promis de le relire en automne. Heureusement, j’ai tenu ma promesse, car après avoir relu le livre, j’ai compris que ce qui m’était demandé était la perfection dans l’abandon et non pas la perfection sans défaut.

Peu de temps après, j’ai commencé les 33 jours de préparation à ma consécration, en priant le chapelet et en m’unissant quotidiennement à Jésus par Marie. Pendant ce temps, j’ai trouvé que mon inclination profonde au péché grave qui s’était incrustée en moi, diminuait considérablement. Les occasions existaient toujours, mais elles ne m’attiraient plus. Au début du processus, je me suis senti léger et heureux, mais comme les jours avançaient, le parcours s’est fait plus dur et j’ai commencé à comprendre le poids et la gravité de ce que j’étais entrain de choisir librement : la Croix du Christ. Pendant cette démarche, une question me restait fixée à l’esprit : Dieu m’appelait-il à être prêtre ? Cette pensée était apparue un jour, au cours de la messe quotidienne, pendant les paroles de la consécration. «Faites ceci en mémoire de moi » résonnait dans les profondeurs de mon être, et c’était comme si Jésus demandait de dire ces paroles par moi. Mais j’hésitais encore ; j’attendais peut-être que ça passe ?

Alors, le jour de ma consécration, le 8 décembre 2006, je me suis confessé, je suis allé à la Messe, et puis j’ai récité ma prière de consécration. Depuis ce moment, j’ai senti qu’un fardeau était tombé de mes épaules. Je suis allé à la chapelle pour l’adoration du Saint Sacrement ; j’y passais presque trois heures à prier, avec grande ferveur. Agenouillé et priant le chapelet, comme je l’avais fait si souvent par le passé, j’ai su par toutes les fibres de mon être que Maman, Julie et Kristin étaient tout à côté de moi et priaient avec moi. A ce moment, j’ai ressenti un rayon de lumière de Dieu, cette même lumière pénétrante et apaisante que j’avais expérimentée le soir de la veillée de prières. La joie pénétrait mes sens, et j’ai su que je ne serais plus jamais seul sur mon chemin. La peine et la misère que pendant des années, j’avais connues étaient parties et le vide de mon cœur avait été rempli d’amour et de miséricorde inconditionnels. De plus, j’ai su avec certitude que j’étais vraiment appelé à être prêtre ; sinon comment pourrais-je répondre à une telle générosité comme celle dont Dieu me gratifiait ?

La partie difficile commençait: où Dieu m’appelait-il? Dans quelle communauté ? Dans quel diocèse ? La décision n’a pas été facile mais pas dramatique, non plus. À l’occasion des vacances de Noël, mon père m’a dit que notre évêque Mgr Michael Pfeiffer, OMI faisait partie d’une communauté qui avait Marie dans son titre. Étant donné ma toute nouvelle dévotion à Marie, il semblait que ce serait une bonne place pour commencer, je suis donc allé le rencontrer, et il m’a mis en contact avec le directeur des vocations, le P. Charles Banks, OMI. Sa constance à garder contact a été essentielle, il m’a fait connaître une brochure qui parlait de St Eugène de Mazenod. Le tempérament de feu de cet homme me rappelait le mien, et son temps en exil me ramena aux années que je passais comme un exclu du bonheur. Mais ce fut son amour pour les pauvres et les plus abandonnés qui finalement a ouvert mon cœur aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

J’ai donc décidé de me joindre à eux ; avec le temps, j’ai trouvé cette paix que je ne ressentais autrefois, qu’occasionnellement, et qui maintenant avait élu domicile, de façon permanente, dans les profondeurs de mon être. Je comprends maintenant que Jésus a permis que je passe toutes ces années d’obscurité écrasante, pour pouvoir être capable de sympathiser avec ceux qui ont perdu leur dernier brin d’espérance. « Si nous portons en notre corps les souffrances de mort de Jésus, c’est dans l’espérance que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps.” (OMI CC&RR 4)


Conversion

Le post-noviciat de la maison « Bienheureux Joseph Gérard »
Asunción – Paraguay

Nous vous saluons au nom de notre Seigneur Jésus-Christ et de notre mère Marie.
Nous vous remercions de penser à nous; nous avons passé du temps à réfléchir sur la conversion, le thème du Chapitre général. Voici le résultat de notre réflexion.


Nous devons nous rappeler, tout d’abord, quelle est notre identité oblate et notre option. Qui sommes-nous ? Quels sont nos idéaux ? Avec qui nous engageons-nous comme Oblats? Ne pas oublier que les pauvres et l’Église sont essentiels pour annoncer le Règne de Dieu ; grâce au témoignage d’une vie simple et engagée, ils font avancer l’idéal oblat : annoncer la Bonne Nouvelle aux plus abandonnés, en étant la voix prophétique des sans voix, comme l’ont fait tant d’Oblats qui nous ont précédés.

Être oblat demande toujours une conversion constante et progressive, savoir reconnaître nos limites et notre dépendance envers Dieu et reconnaître aussi les valeurs et les vertus propres du charisme, exprimées dans la vie communautaire.

Il faut rechercher la conversion personnelle et l’exprimer dans la communauté, entre frères. La communauté doit être le moyen et en même temps, le lieu de la conversion. Cette conversion pointe toujours vers notre identité oblate : travailler sérieusement à devenir saints et marcher toujours par les sentiers qu’ont parcouru tant d’ouvriers évangéliques ; faire en sorte de nous renouveler et de croître en permanence dans l’esprit de la vocation à laquelle nous avons étés appelés.

Pour ce faire, nous avons besoin de la communauté, d’un frère qui suive le même chemin. Etre attentif au frère, veiller sur lui et, quand c’est nécessaire, pratiquer la correction fraternelle en esprit de charité, voilà une attitude évangélique.

Vivre en communauté présuppose et requiert l’humilité, le don de soi, la gratuité et l’acceptation des limites, tout en sachant souligner ses vertus et ses valeurs. L’expérience vécue en communauté est la place forte, à partir de laquelle notre charisme s’étend à l’Église et dans les communautés, où nous sommes présents, c’est-à-dire dans la mission.

C’est dans cette communauté que nous sommes appelés à nous aider, pour grandir et mûrir dans la vie spirituelle et affective ; pour continuer ce travail déjà commencé depuis la formation première ; pour motiver et alimenter les valeurs oblates et l’intégrité de la vie.

Qu’est-ce que la conversion?

C’est marcher toujours sur les traces de Jésus-Christ. Voilà un chemin lent, progressif et qui parfois peut être conflictuel. Nous avons donc besoin d’une attitude patiente et humble pour continuer. La conversion, c’est recentrer toujours et encore notre vie sur le CHRIST, mettre en route une relation d’intimité avec lui. Etre signe prophétique du Christ et de son Royaume, au milieu des gens à qui nous consacrons notre vie. C’est mettre toutes nos forces et notre énergie pour que la Gloire de Dieu se rende présente au milieu des gens auxquels nous sommes envoyés par l’Église.

Nous devons approfondir notre spiritualité, ne pas relâcher notre marche à la suite du Christ. Aimer et alimenter notre vocation dans l’oraison, les sacrements et principalement l’Eucharistie, la réconciliation et la vie fraternelle et solidaire en communauté. Nous ne devons pas détourner notre regard du charisme et de cet appel qu’a entendu Saint Eugène de Mazenod : « embrasé de l’amour du CHRIST et de son Église, il est resté profondément impressionné par l’état d’abandon dans lequel se trouvait le peuple de Dieu. Il a décidé d’être le serviteur et le prêtre des pauvres et de leur sacrifier sa vie entière. »

Notre Congrégation vit un moment très significatif en Amérique latine, les Oblats de la Région augmentent de plus en plus. C’est un signe d’espérance qui, d’un côté, nous encourage et de l’autre, nous pose un défi, parce que la nécessité pousse les Oblats de la Région à assumer de plus en plus de responsabilités dans la Congrégation, à percevoir eux-mêmes les exigences de la mission, puisque les Oblats, venant d’ailleurs, diminuent notablement.

Les Oblats en Amérique latine, nous vivons donc une réalité que nous pouvons qualifier d’ « évolutive » ; en utilisant des termes de psychologie, on pourrait dire que nous passons de l’étape de l’adolescence à la jeunesse-adulte. La Région et chaque Province dépendaient d’autres Provinces qui les soutenaient économiquement et en personnel (les missionnaires). Maintenant, depuis quelques années, plusieurs Provinces ont la responsabilité du travail, des services et de la vie missionnaire Oblate de la Région.

Ainsi, la dépendance diminue de plus en plus, même si elle existe encore dans quelques Provinces. Il y a de moins en moins d’Oblats européens qui viennent dans notre région et, de ce fait, nos Provinces se « nationalisent », pour utiliser un terme sociologique. C’est donc à nous, les Oblats latino américains, de prendre en charge la mission, sans oublier que nous comptons toujours sur le personnel d’autres pays, mais moins que par le passé.

En Amérique latine nous sommes, en 2009, quatre cent soixante sept Oblats, dont 65% d’Oblats locaux et parmi eux, cent et un se trouvent en formation première.

Parlant maintenant de la conversion, le thème du prochain Chapitre général, nous croyons que dans la Région, nous devons trouver comment faire pour que tout ce que nous faisons dans la pastorale, les projets, les paroisses, les œuvre ne soient pas simplement des projets ou des œuvres personnelles, mais qu’elles appartiennent à la Congrégation, à la communauté des frères qui font leur possible pour transmettre la bonne odeur du Christ, coulant dans notre sang ; que tout ce que nous faisons fasse partie du « oui » que chacun prononce personnellement, mais qui, à la fin, sera le ‘oui’ définitif de la communauté. Nous devons trouver comment faire pour que nous puissions incarner la communauté apostolique qui se laisse porter par la Vérité, la parole du Seigneur et qui laisse de côté les subjectivismes et l’individualisme, afin que la Foi et l’Amour puissent se développer en chacun d’entre eux. Par ailleurs, nous devons étudier s’il est nécessaire de maintenir ou non les missions commencées par les Provinces, qui ne répondent plus à la réalité actuelle ou qui ne sont plus remplies correctement par manque de personnel, afin que les nouveaux Oblats ne soient pas de simples bouche-trous dans les missions. Comment… ? D’où notre inquiétude, y compris dans la façon de collaborer, pour manifester avec énergie le Règne de Dieu en Amérique Latine, comme fils d’un même Père et d’une même Mère et comme frères en Saint Eugène.

Tout cet „idéal” signalé précédemment, nous croyons qu’il sera possible si dès la formation première, depuis les tous premiers pas, nous nous exerçons au don de soi, au ‘oui’ qui fonde la foi et la vocation. Nous croyons que dans la formation, nous devrions purifier cette ‘odeur’, cette ‘figure et ce profil’ du Christ en chaque candidat ; nous croyons enfin, que c’est dans la formation que nous devons chercher et former « l’avenir », de la Congrégation, comme de la personne même de l’Oblat, qui demain et par la suite, sera, ou devra être, l’image du Christ lui-même, incarnée dans sa vocation d’être Oblat.


Conversion: être un serviteur fidèle et humain

Frère scolastique Ronald Abad, OMI

Frère Ronald Abad, OMI, a 36 ans; il est scolastique de la Province des Philippines et il étudie à Our Lady of Assumption, le scolasticat de la Province, à Quezon City.

Il y a presque deux cents ans, notre Fondateur, Eugène de Mazenod, fondait une petite société missionnaire d’hommes. Ce sont les gens qui réclamaient un prédicateur efficace pour la jeunesse qui se laissait prendre par la dégradation morale du temps, et pour l’Église, elle aussi dans un bien piteux état, à cause des effets de la Révolution française. Au confluent de ces deux besoins sont nées les premières initiatives apostoliques du P. de Mazenod. Ensuite, ce qui devait arriver arriva, il devint le père de l’une des plus ardentes congrégations missionnaires d’hommes, dans l’Église catholique romaine.

Il y a soixante dix ans, le premier groupe de missionnaires Oblats, venu des Etat Unis, arrivait aux Philippines. Ils y ont fondé des paroisses dans les endroits à forte densité de chrétiens immigrés à Mindanao, mais aussi auprès de minuscules populations de Chrétiens, dans les régions dominées par l’Islam, à Jolo et Tawi-tawi. Ils ont planté la semence des Écoles Notre Dame, qui comptent aujourd’hui plus de cent écoles, y compris quelques unes, rebaptisées ainsi et dirigées par d’autres Congrégations. Ces pionniers oblats se sont aussi aventurés dans le ministère des médias et, pour la première fois aux Philippines, une radio catholique a commencé à émettre… noble mission apostolique ! Ils ont même fourni des logements décents aux Philippins pauvres, musulmans et chrétiens, en établissant des villages et en gérant des projets de constructions, et ainsi de suite.

L’Archevêque Gérard Mongeau qui n’avait aucune idée des Philippines et ne pouvait même pas les localiser sur la carte, quand il reçut son obédience, est devenu l’un des piliers de la mission oblate aux Philippines. St Eugène de Mazenod, qui, au départ n’avait pour seul souci que les populations et l’Église du sud de la France, devint le fondateur d’une congrégation qui travaille aujourd’hui presque partout dans le monde. Nous avons en effet un trésor de grands Oblats. Du Bienheureux Joseph Gérard, l’apôtre du Lesotho, à Mgr de Jesus et les Pères Inocencio et Roda, les martyrs de Jolo et Tawi-Tawi, l’amour des oblats pour le peuple de Dieu, à travers le monde est indéniable.

Il y a d’innombrables Oblats qui se sont dévoués au travail, dans la mission, à cause de leur amour pour les démunis et les désespérés, hommes et femmes, de toutes les générations. Ils ont réussi à apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux exclus, les destinataires des Béatitudes. D’accord, s’ils sont devenus grands ce n’est pas par ce qu’ils ont accompli mais par ce que Dieu a accompli par eux. Ils ont proclamé la Bonne Nouvelle, non pas à cause de leur éloquence et d’un témoignage parfait rendu à la Parole, mais parce que c’était la Bonne Nouvelle de Dieu et non la leur. Les adjectifs ne sont pas capables de les décrire, mais sans cesse je dirai qu’ils sont les géants de notre Congrégation. Je puis parler d’eux sans m’arrêter, mais je n’ai rien à dire de moi-même si je me compare à eux. Je ne suis qu’un profès temporaire chez les Oblats, peinant sur mes études académiques de théologie, et dont l’identité religieuse est encore dans le moule de la formation. Qui suis-je donc en comparaison de ces grands hommes des Oblats de Marie Immaculée ? Quelques soient mes réalisations, je suis toujours debout sur les épaules de géants.

Deux réalités envahissent ma conscience. Debout sur les épaules des géants… et si je regarde par terre, je ne puis m’empêcher de ressentir le vertige. Si je me déséquilibre, certainement je vais tomber et ce sera une dure chute. En pensant aux attentes que la formation a jetées sur moi, je me demande quelles seront les conséquences si je tombe. Y aura-t-il quelque chose comme un filet pour me récupérer ou frapperai-je durement la surface de notre existence ? Qu’en sera-t-il si je ne deviens pas un missionnaire accompli- cela me rendra-t-il moins Oblat ? Qu’en sera-t-il si je provoque quelque chose qui va blesser mes frères oblats – cela me rendra-t-il moins frère ? Et si après ma formation, je ne suis pas à la hauteur de mon ministère – est-ce que mes formateurs regretteront de m’avoir accepté ? Mes nombreux « et si… » manifestent que je ne me sens pas à l’aise, debout sur les épaules des géants.

Ces grands hommes tiennent une place spéciale dans notre Congrégation et dans l’Église. Si j’ai l’intention d’être comme eux – comme mesure de ma façon d’être Oblat – alors je ne puis pas être un autre géant debout sur les épaules de géants. Mais si je recherche ma juste place dans le royaume de Dieu, alors il n’y a pas de raison de lâcher les épaules des géants, car Dieu lui-même fournit le géant. Il n’y a pas de sens à regarder à terre et de mesurer mon altitude, car cela ne fera que me donner un sentiment insensé et inconfortable. La place qui m’est réservée n’est pas de me donner le mal des hauteurs, mais de me faire voir clairement combien vaste est la chance de proclamer le royaume de Dieu. Voilà la deuxième réalité.

La formation est plus qu’une question d’équilibre. Elle est une garantie de vie équilibrée dont j’ai grandement besoin pour être un bon serviteur. Il ne s’agit pas de trouver ma place dans la Congrégation, mais de me donner moi-même à la Congrégation, sans trop chercher les résultats. Il ne s’agit pas demander à Dieu quelque chose en voulant l’informer, comme s’il ne savait pas déjà que faire de ma vie ; mais il s’agit de coopérer avec sa volonté, en obéissant à ses commandements. Il ne s’agit pas d’étudier en classe, pour satisfaire aux obligations et être admis aux ordinations, mais il s’agit de s’ouvrir volontairement à la compréhension de Dieu en faisant confiance aux autres, par exemple à mes professeurs de théologie. Il ne s’agit pas non plus d’aller, chaque fin de semaine, dans mon domaine d’apostolat, pour plaire à mes supérieurs (ou à moi-même), mais pour mettre sous mes yeux une vue de la réalité dans ce monde. Il ne s’agit pas de vivre dans une communauté pour que quelqu’un vante mes réalisations ou se moque de mes échecs. Au contraire, la communauté me donne le privilège de partager la vie avec des frères, dont certains sont aimables et les autres moins, mais pour une mission commune

Je réalise qu’il ne s’agit pas de lutter pour vivre, mais de m’efforcer toujours d’aimer; il n’est pas non plus question d’équilibre, mais de faire confiance. Et en faisant confiance, je suis amené à une question plus profonde : qui suis-je pour Dieu ? L’incarnation donne une réponse claire. Mais plus que de répondre à ma question apparemment égoïste, l’incarnation est la façon profonde que Dieu a pour dire à l’humanité combien uniques nous sommes à ses yeux.

Jean 3,16 nous dit en peu de mots, combien l’humanité est unique pour Dieu et ainsi que son plan, envers elle. Mais le Fils n’est pas venu comme un super héro des bandes dessinées ou des films. Les missionnaires ne vont pas en mission pour jouer le Messie, mais pour le proclamer. Si un jour, je deviens missionnaire, j’aurai l’air stupide, si je traite les gens à la façon dont mes professeurs m’enseignent, dans les cours de théologie. Ce serait stupide de citer les grands théologiens et les philosophes comme si j’étais prêt pour un débat. Quand la Parole s’est faite chair, Dieu a embrassé les humbles, non pas d’en-haut, mais là où l’humanité se trouvait. Comme futur missionnaire, je devrai le proclamer, Lui et son enseignement, le mettre au cœur de la mission, c’est ainsi seulement que j’accomplirai ce que Dieu m’a donné de faire.

Il y a dans notre humanité un aspect particulier qui peut nous aider dans la mission et auquel nous devrions tenir maintenant que nous faisons l’inventaire des diverses approches de la mission. Jésus a enseigné aux hommes à être humains. Jésus Lui-même a appris à être humain car il n’a pas échappé aux petits côtés humains – une grande leçon pour nous ! L’histoire d’une femme adultère a fait que Jésus s’est penché et s’est mis à écrire. Il a ressenti lui-même ce que c’est que d’être pris dans un dilemme. Il s’est peut-être souvenu comment sa propre mère a risqué de se trouver dans une situation qui aurait pu la mener à la lapidation. Peut-être s’est-il rappelé aussi son père nourricier, Joseph, qui aurait pu se laisser aller à la colère mais ne l’a pas fait. Jésus, à partir des causes secondes, a appris les vertus. Ainsi il enseigne aux humains d’apprendre de l’expérience qui peut être une source de vertus –être humain c’est vivre dans la vertu. Seuls les humains ont ce privilège d’expérimenter beaucoup de choses et de grandir en vertus. Nos grands Oblats n’ont pas été préservés des rigueurs de la vie et du caractère très humain de la mission. Mais ils ont saisi l’occasion d’expérimenter vraiment comment être humains et agir vertueusement. Je n’ai pas le droit de me plaindre de mes difficultés en formation, car je me suis ouvert à la conversion, une conversion qui découle de mon engagement à toujours vivre une vie vertueuse.

Toute la vie de Jésus, ses actions et ses enseignements, montrent comment être humains. C’est en devenant un vrai disciple de Jésus-Christ – en pensées et en actes – que l’on découvrira ce que signifie être humain. L’une des instructions de notre Fondateur aux Frères en formation a été de leur enseigner « comment agir humainement ». Certains sont choqués car ils considèrent cela comme s’adressant à des animaux. Ils ne saisissent pas le point important que le fondateur veut transmettre : un message que Jésus-Christ lui-même a vécu.

L’idée qu’un appel à être humain puisse être offensant remonte peut-être à la façon dont notre société vit actuellement son humanité. Esclavage, oppression, violence, pauvreté et injustice ne sont que quelques unes des facettes d’une société dysfonctionnelle, remise en question par le peuple qui aspire aux valeurs opposées. Beaucoup de Philippinos croient que ça ne fait rien de mal agir et de pécher parce que nous sommes des humains ; ils disent en effet : « Pagkat kami ay tao lamang » (parce que nous sommes justes humains, nous sommes limités et enclins à faire le mal). Mais Jésus continue à nous rappeler qu’être humains, ce n’est pas un piège qui nous conduit à pécher, mais une chance qui nous prépare à être dignes de son Royaume, en renversant le mal qui fonce sur nous. Il n’y a pas d’autres raccourcis vers le Royaume, si ce n’est de vivre et d’agir comme des humains, en imitant la vie de Jésus. L’humanité est comme une fournaise où l’or le meilleur passe l’épreuve du feu. Jésus humain a montré effectivement la bataille entre le bien et le mal. C’est dans cette même bataille que les Oblats sont soldats, formés et entraînés aux vertus de Jésus, envoyés pour collaborer dans l’acte salvifique de Dieu ; c’est à cela aussi que je me suis joyeusement engagé en devenant Oblat, pour fortifier en même temps ma propre humanité.

La découverte de ce que signifie être humain n’a pas sa raison en elle-même. Ce n’est pas une question de qui, ou quoi, ou du lieu où je me trouve en ce monde, mais de reconnaître avant tout que je fais partie de ce monde – que mon existence ne se termine pas en moi, et que je suis en lien avec d’autres être humains.

Quand Jésus marchait ici-bas sur terre, il a démontré aux sceptiques qu’ils avaient tort. Jésus montrait dans notre réalité que nous pouvons connaître la Réalité Ultime – notre origine absolue et notre absolue destinée –. C’est la conscience de cette Ultime Réalité qui nous gardera branchés sur notre mission. Notre relation avec l’Ultime Réalité est basée sur l’amour que Lui-même nous partage et qu’il illustre dans le Fils éternel. Notre vraie humanité est définie par l’amour : l’existence de ce monde est due à son amour, et l’union avec la Réalité ultime est la « perfection » de cet amour.

Nous pouvons papillonner constamment d’une mission à l’autre et oublier le centre de la mission. Nous pouvons être impatients d’agir et tentés d’égaler nos grands Oblats. Nous nous soucions du monde d’aujourd’hui : corruption des valeurs parmi la jeunesse ; philosophie du Nouvel Age ; menace d’internet sur les relations interpersonnelles ; trop de professionnalisme avec abondance de psychiatres que l’on préfère aux conseillers religieux ; disputes territoriales et résolution des problèmes par les armes ; et beaucoup d’autres encore. Établir des structures comme celles que les Oblats ont édifiées il y a 70 ans ou fonder une Congrégation comme au temps de St Eugène sont des choses du passé. Nos grands Oblats n’avaient aucun pressentiment de leur grandeur, les gens humbles ne prétendent jamais être humbles. Ils se sont laissés conduire par Dieu et ont collaboré pleinement avec Sa volonté. Ils ont permis à leur humanité d’être pleinement ancrée dans la vie de notre Sauveur. Bien qu’eux aussi aient envisagé des missions à vaste échelle, ils n’ont pu voir que l’horizon, et ne se sont jamais considérés comme les géants de la génération actuelle.

Je ne suis peut-être pas un scolastique parfait et ne serai probablement pas un Oblat parfait. J’aurai peut-être toujours mes « et si alors… » et quelques fois j’aurai besoin de travailler dur pour garder mon équilibre. Mais gardant les enseignements de Jésus Christ, sa vie et sa mission, et m’efforçant d’être pleinement humain, je m’ouvre toujours à la conversion ; une conversion qui a une dimension communautaire. La mission ne m’appartient pas à moi tout seul ni à aucun Oblat en particulier. Il peut être décourageant d’être sur les épaules des géants ou d’être rempli de respect en levant les yeux vers eux. Mais parfois, cela diminue notre capacité à découvrir le grand missionnaire à l’intérieur de chacun de nous. Et à cette fin, Paul nous éclaire « Qu’est-ce que Apollos ? Qu’est-ce que Paul ? des serviteurs par lesquels vous êtes venus à la foi, selon que le Seigneur les a mandatés. J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donne la croissance. Ni celui qui plante, ni celui qui arrose n’est quelque chose, mais seulement Dieu qui donne la croissance. Celui qui plante et celui qui arrose poursuivent la même chose, et chacun recevra le salaire selon son travail. Car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu. Vous êtes le champ de Dieu et la construction de Dieu. » (1 Co. 3,5-9).

Nos grands Oblats ne nous font pas de l’ombre; au contraire, ils forment une grande et fière tradition. Une tradition qui n’appartient pas seulement au passé, mais qui est fidèle et créative, qui de génération en génération, est arrivée jusqu’à nous. Dieu accorde à chaque Oblat de participer à cette grande et fière tradition. Nous nous offrons nous-mêmes pour être les travailleurs de Dieu dans son Royaume. Il nous appelle à une conversion constante, en étant des serviteurs qui travaillent avec d’autres serviteurs, pour que nous ayons toujours un cœur nouveau, un esprit nouveau, et une mission nouvelle.


Un appel à la Conversion comme pour Philémon

Frère Thabang Nkadimeng, scolastique OMI

Frère Thabang Nkadimeng, OMI, a 26 ans; il est scolastique de la Province Nord, d’Afrique du Sud, en deuxième année de théologie au Scolasticat international de Rome, Italie.

L’Apôtre Paul, se considère fièrement comme prisonnier du Seigneur, et il l’est en effet, à cause de l’amour pour l’Évangile de Jésus-Christ. Paul a traversé une conversion radicale, qui s’est révélée nécessaire non seulement pour lui mais pour tous les peuples et il est devenu cet instrument par lequel beaucoup sont arrivés à la conversion au Christ Jésus, le Seigneur. Dans sa Lettre à Philémon, il demande à son ami une autre sorte de conversion mais néanmoins très réelle. Philémon est le maître de son esclave inutile Onésime (ce nom signifie : celui qui est utile) qui, après avoir été frère et compagnon dans le Seigneur pour Paul, redevient utile à Philémon et son nouveau frère dans le Seigneur.

Paul appelle Philémon à une conversion radicale qui ébranle les barrières politiques et sociologiques du temps. Il demande de Philémon – faisant appel à sa volonté libre – d’accepter et de n’être fidèle qu’au Seigneur, de se voir comme un frère et non pas un maître de l’esclave Onésime. On peut supposer que Philémon avait beaucoup d’autres esclaves. Cependant, en acceptant le baptême, Onésime cesse d’être un esclave du démon et de Philémon, et devient une personne libérée, un homme nouveau. C’est beaucoup demander à quelqu’un qui est habitué à avoir des esclaves, comme faisant partie de son ménage. Traiter en être humain ce qui précédemment n’était qu’un outil demande un effort humain impossible. Et pourtant, c’est ce que Paul demande : un changement d’esprit et du cœur.

Notre Congrégation oblate est confrontée à l’acceptation ou au refus du message de Paul qui demande de reprendre ce qu’il appelle « esclave » et de le recevoir comme un don précieux et utile pour nous. Quand je me demande ce qui devrait nous revenir comme utile, peu de choses me viennent à l’esprit. Cependant, ce qui me vient à l’esprit est que notre conversion oblate est une conversion personnelle et communautaire, et que les deux sont bien nécessaires. La démarche de réflexion est personnelle et pourtant Saint Eugène nous demande d’être ‘un dans l’esprit et le cœur’. Si cette ‘unité d’esprit et de cœur’ nous manque, alors je proclame : Voilà ! ce qui doit nous revenir, parce que cela est utile !

Le monde a besoin de signes extérieurs de notre consécration; autrement nous démontrons que nous sommes vaincus par l’esprit de la modernité et du relativisme. Quand nous nous acceptons nous-mêmes comme gens consacrés, comme compagnons travailleurs pour le Christ, nous secouons les barrières politiques et sociologiques de notre temps, et nous devenons ainsi un instrument utile pour le Seigneur. Quand nous poursuivons notre tâche personnellement et communautairement, alors nous sommes sûrs de dire que nous sommes apôtres du même Seigneur et frères les uns pour les autres.

L’ère du théisme total est malheureusement arrivée à un stade bancal. Le Christianisme est devenu une culture, acceptée par la société et capable d’être inculturée, de même l’athéisme est accepté comme culture et a pénétré notre temps. Où en sommes-nous en tout cela ? Si Philémon n’accepte pas de reprendre Onésime comme frère et non pas comme esclave, il est comme un croyant qui croit au Christ, avec la bouche mais qui, en pratique, embrasse la culture sans foi. De façon semblable, si avec nos bouches nous proclamons Christ et qu’en pratique nous n’embrassons pas toute la vie du Christ, nous avons clairement embrassé une culture sans foi.
Il ne s’agit pas de réduire les signes extérieurs de consécration religieuse à l’habit ou à la croix oblate, mais ces signes ont un impact extrêmement important sur le monde qui a accepté l’incroyance comme culture. Rome est connu pour ses ’défilés de modes’ des différents habits religieux ; ce n’est pas un défilé de mode comme le monde probablement le voit, mais c’est une manifestation d’une réalité culturelle et religieuse. Rome est une ville de manifestations religieuses. C’est une ville qui a choisi d’ébranler les barrières politique et sociologiques du monde moderne. Quand le gouvernement italien enlève les crucifix sur les murs des écoles, pour des raisons de tolérance religieuse, il y reste une culture puissante et fière de son état – c’est la culture religieuse qui est présente au pied de la tombe de l’apôtre Pierre. Voilà qui nous sommes, nous ne pouvons pas nous séparer de la grande tradition catholique dont nous avons hérité.

Nous sommes présents en 67 différents pays du monde. Quelle culture embrassons-nous et manifestons-nous intérieurement et extérieurement ? Ce devrait être clairement une culture qui ne nous met pas dans l’embarras mais qui nous fait être qui nous sommes ; et que ce que nous croyons soit le chemin à suivre et à vivre. Un peuple sans culture est comme une page blanche qui est inutile. « Utile » (Onésime) nous offre en effet un modèle efficace qui peut nous encourager et nous faire avancer dans notre propre démarche de conversion et notre mission envers le peuple de Dieu.


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